Elle équilibre l'islam et l'art pour atteindre la virtuosité musicale.
Sumayya Ali étonne probablement tout le monde, à part elle-même. Cette chanteuse d'opéra en herbe, noire américaine, a participé au programme de télévision American Idol, fait de la danse zoulou avec le groupe Step Afrika lors d'une tournée au Vietnam et a récemment joué dans la fameuse pièce de théâtre Ragtime. Et elle a accompli tout cela en portant le voile islamique.
Sumayya Ali étonne probablement tout le monde, à part elle-même. Cette chanteuse d'opéra en herbe, noire américaine, a participé au programme de télévision American Idol, fait de la danse zoulou avec le groupe Step Afrika lors d'une tournée au Vietnam et a récemment joué dans la fameuse pièce de théâtre Ragtime. Et elle a accompli tout cela en portant le voile islamique.
« Je crois que j'aurais pu ne pas porter le voile et ressembler à tout le monde », a dit Mme Ali à America.gov en parlant de son expérience en 2007 à American Idol, l'émission-concours pour de nouveaux chanteurs.
Les critiques d'opéra ont dit que Mme Ali avait « une voix merveilleuse qui vous touche le cœur ». Ayant déjà reçu plusieurs prix, cette chanteuse américaine musulmane d'origine africaine doit trouver un équilibre entre sa religion, son talent et ses rêves. Comme tous les Américains croyants, Mme Ali tire sa force de la liberté de religion qui règne aux États-Unis pour bâtir sa vie de la manière dont elle l'entend, et pour se servir de son art pour s'exprimer.
Mais la décision de Mme Ali d'adhérer à ses valeurs personnelles semble présenter un paradoxe pour beaucoup de gens dans le monde du spectacle.
« Je pense que la chose qui me rend spéciale, certaines personnes voudraient me la retirer », a dit Mme Ali en parlant de sa conviction de respecter ses croyances religieuses sur scène. « Mais ce qu'elles ne savent pas, c'est que c'est cela qui me rend spéciale. »
Nés de parents noirs américains musulmans, Sumayya Ali s'est rendu compte très jeune qu'elle avait du talent. À l'âge de neuf ans, une représentation musicale de violonistes à son école l'avait inspirée à demander à ses parents de lui faire donner des leçons. Sa mère et son père, qui ont « tout à voir » avec son succès, lui ont procuré des leçons de violon, ce qui l'a lancée sur le chemin de la musique.
Sumayya Ali a connu l'un des moments les plus fondamentaux de sa carrière à l'école secondaire. Après avoir pratiqué le violon pendant des années, y passant plusieurs heures quotidiennement, elle s'était inscrite à l'école Duke Ellington pour les arts à Washington. Alors qu'elle pensait poursuivre une carrière de violoniste, quelque chose s'est passé qui devait changer sa vie : esprit taquin par nature, Sumayya Ali, a imité, par pure plaisanterie, des camarades qui apprenaient le chant à l'école.
« Je me moquais des chanteurs parce qu'ils faisaient des sortes de sons bizarres que je n'avais jamais entendus », a expliqué Mme Ali à propos des élèves qui se destinaient à l'opéra.
Au lieu de la gronder, le professeur de chant à l'école Duke Ellington, M. Samuel Bonds, est resté stupéfait d'entendre la voix résonnante de Sumayya Ali. Quelques minutes plus tard, il lui faisait faire des vocalises dans le studio. C'était déjà un pas énorme vers sa carrière de cantatrice. Mais c'est après avoir assisté à une représentation de l'opéra Carmen de Georges Bizet, en mars 1995, qu'elle a compris que c'était sa vocation. « J'étais en larmes, j'étais émerveillée. J'ai pensé : ça ne fait aucun doute, voilà ce que je peux faire », a dit Mme Ali. Une chanteuse d'opéra était née.
Mais Mme Ali devait découvrir très vite qu'une cantatrice qui souhaite respecter les enseignements de l'islam dans la vie de tous les jours se heurte à certains défis. Pendant qu'elle préparait sa maîtrise de chant au conservatoire de musique de la Nouvelle-Angleterre, un professeur lui a demandé de jouer une scène au cours de laquelle elle devait embrasser un chanteur. Ses valeurs l'empêchant de jouer la scène correctement, elle a rejoint le chœur. Bien que dévastée par cet épisode, elle a fait appel à toute sa force spirituelle pour aller de l'avant.
« La plupart des gens auraient simplement dit, "je laisse tomber" et seraient aller faire autre chose, mais quelque chose en moi me disait que j'étais née pour chanter », explique-t-elle.
Et elle le fait très bien. Mme Ali a remporté le concours du Conseil national de l'opéra métropolitain pour la région de Boston. Elle a chanté le rôle principal dans l'opéra Susannah de Carlisle Floyd, le rôle de Pamina dans la Flûte enchantée de Mozart, et le rôle de la mère dans Amahl et les visiteurs du soir de Gian Carlo Menotti. Et l'opéra s'accommode bien du désir de Mme Ali de porter le voile. Contrairement aux autres arts du spectacle qui demandent parfois que les femmes soient légèrement vêtues, les chanteuses d'opéra portent souvent des costumes d'époque.
« C'est pourquoi j'étais tellement enthousiasmée quand j'ai découvert l'opéra. On porte souvent de grandes robes, longues et bouffantes, et une grande perruque qui vous couvre les cheveux », a souligné Mme Ali.
Elle est convaincue qu'en tant que musulmane elle a un lien spirituel avec la musique et c'est ce qui la distingue des autres chanteurs d'opéra. Pour elle, la voix reflète directement l'âme. En se préparant pour une représentation, Mme Ali ne fait pas seulement des exercices de voix. Si la chanson est dans une autre langue, elle la traduit et la récite en poème. Une fois qu'elle est à l'aise avec les paroles, elle commence à pratiquer la musique. « J'analyse beaucoup le texte avant de chanter une seule note », dit-elle.
Peaufiner son talent vocal naturel a pris beaucoup d'années de pratique et d'étude. Bien que beaucoup de musiciens talentueux étudient dans des conservatoires de musique, Mme Ali dit qu'elle a choisi une formation générale. Diplômée de l'université Spelman à Atlanta, elle pense que son éducation a contribué à l'image qu'elle se fait d'elle-même. « Je me suis développée à Spelman pour devenir la femme que je suis aujourd'hui », explique-t-elle en parlant de cette université noire américaine de tradition. « Spelman m'a donné les outils pour réexaminer le monde et l'histoire d'un point de vue féminin centré sur l'Afrique. »
L'année qu'elle a passée en Italie dans le cadre de ses études a été l'une des plus importantes de son éducation. À Milan, elle a étudié l'italien et a pris des leçons avec des professeurs d'opéra prestigieux, telles Patrizia Zanardi et Giovanna Canetti. Elle poursuit ses études de chant avec l'un des meilleurs professeurs aux États-Unis, Patricia McCaffrey. « Chaque leçon avec Mme McCaffrey est un voyage spirituel merveilleux mais aussi épuisant sur le plan physique. »
Extrêmement douée et suivie par les meilleurs professuers, Mme Ali n'en continue pas moins de diversifier sa carrière. Outre l'opéra, elle a récemment marqué un succès avec la pièce de théâtre Ragtime à Broadway, ce qui lui a ouvert d'autres possibilités. En mars, elle jouera aux côtés de l'actrice primée Tyne Daly dans la pièce Master Class au centre Kennedy des arts scéniques de Washington. Et sa carrière artistique ne s'arrêtera pas là. Cet été, elle sera à Los Angeles pour enregistrer un disque compact combinant la musique hip-hop et l'opéra pour le label islamique Remarkable Current. « Je finirai mon CD cet été pour ce label où j'ai trouvé des musulmans progressistes et tournés vers l'avenir comme moi, si Dieu le veut », dit-elle
Mme Ali a d'autres objectifs ambitieux à long terme. Elle enseigne déjà la musique, la danse et le step à plus de 1.000 élèves des écoles publiques de Washington mais elle veut concentrer ses passions dans l'avenir sur l'éducation. Influencée toute sa vie par d'excellents professeurs, Mme Ali rêve de fonder une école de musique pour jeunes enfants.
« Travailler avec les enfants purifie le cœur et rapproche les gens d'Allah », dit Mme Ali.
M. Scott Bortot
Source : http://www.america.gov/fr