Tout est fait aujourd’hui au niveau des médias publics pour préparer insidieusement les esprits à admettre l’« échec logique » de Cellou Dalein Diallo, donc la « victoire logique » d’Alpha Condé, au second tour.
Depuis deux jours, les autorités de la transition montrent sur le petit écran des citoyens qui auraient été pris en flagrant délit de fraude pendant le vote du premier tour tenu le 27 juin 2010. Curieusement, tous les coupables présentés à la télé sont originaires de la Moyenne Guinée.
Ce sont des personnes prises, soi-disant, avec de fausses cartes d’électeur et d’un chef de quartier pris avec une fausse urne. Outre les noms cités à la télé, leurs quartiers de résidence suggèrent clairement ambages qu’il s’agit de militants de l’UFDG et d’élus locaux acquis à la cause de Cellou Dalein Diallo.
Le fait est trop patent pour que les observateurs impartiaux n’y voient pas un procédé insidieux dirigé contre l’homme qui a écrasé ses adversaires au premier tour, d’autant que des cas de fraude ont été décelés dans les fiefs de tous les candidats majeurs, avec une ampleur plus grande en Haute Guinée en faveur d’Alpha Condé.
D’ailleurs, les militantes de l’UFR n’avaient manifesté contre la CENI et le président de la transition que parce que plus de 200 mille voix avaient été ajoutées frauduleusement par la CENI à celles obtenues par Alpha Condé en Haute Guinée pour lui permettre de surclasser Sidya Touré et rejoindre ainsi Dalein au second tour.
Certains observateurs voient dans cette médiatisation à outrance la main d’un Alpha Condé tombé des nues, humilié par son score (seulement un électeur sur cinq) et prêt à tout pour s’imposer aux Guinéens malgré la volonté populaire.
Le choix tendancieux des fraudeurs présentés à la télévision nationale indique clairement que l’administration est instrumentalisée contre Dalein et en faveur d’Alpha. La manœuvre vise en effet à relativiser le score du premier (presque 40 pour cent) qui a écrasé le second (20 pour cent) malgré les fraudes massives dont il a bénéficié, notamment à Siguiri et à Kankan, et qui ont été dénoncées preuves à l’appui par Sidya Touré de l’UFR (15 pour cent des suffrages recueillis) et Lansana Kouyaté (7 pour cent).
La vérité est que candidat de l’UFDG a plané sur le vote du 27 juin, malgré que la CENI ait invalidé les procès verbaux de 109 bureaux de vote dans ses fiefs électoraux. Sinon, il l’emportait haut la main dès le premier tour. En dépit de toutes les injustices qu’il a subies, on veut faire croire aujourd’hui par une intoxication médiatique que Cellou Dalein Diallo n’a pu réaliser son score que grâce aux fraudes de ses militants, alors que ses adversaires, eux, n’en auraient point bénéficié.
Pis encore, on veut minimiser le nombre de ses militants pour qu’au second tour, toute tricherie faite, on fasse croire que tous les électeurs qui n’avaient pas voté pour Dalein au premier tour se sont coalisés contre lui au second tour pour élire Alpha Condé à la magistrature suprême.
En effet, la grande leçon du premier tour c’est le caractère ethnique ou régionaliste du vote, ce qui revient au même. C’est dommage, mais c’est le constat général. Presque tous les Guinéens ont voté un candidat de leur ethnie ou de leur région naturelle, malgré les dénégations de certains militants de Sidya Touré, par exemple.
Ce leader ne pouvait pas avoir une politique ethnocentrique car les diakhankés, dont il est, constituent à peine 1 pour cent de la population guinéenne. Mais son fief est la Basse Guinée dont il est originaire et dont les fils ont voté pour lui à 80 pour cent.
Pour le reste, il a recueilli les suffrages de nombreux ressortissants de Macenta (l’UFR ayant été fondé par Goyo Zoumanigui, originaire de cette préfecture) et de la Moyenne Guinée, notamment de cadres, d’étudiants et d’élèves peuls façonnés au hip-hop et qui se sont placés d’emblée dans l’optique d’une Guinée post-ethnique.
La preuve que le vote du 27 juin a été ethnique (malheureusement), c’est que ce sont les candidats des deux grandes ethnies (les Peuls et les Malinkés) qui se retrouvent au second tour, les Peuls formant numériquement le double des Malinkés (cf. le discours prononcé par le président Sékou Touré au sommet des de l’Organisation des États riverains du fleuve Sénégal (OERS), en 1968 à Labé, devant ses pairs Senghor du Sénégal, Modibo Keita du Mali et Ould Daddah de Mauritanie, allocution que le lecteur peut lire, aux Archives nationales, dans la revue PDG-RDA de l’époque).
Aujourd’hui, les Guinéens ont départagé les candidats au premier tour. Il serait, en effet, surprenant que la cour suprême invalide les résultats provisoires ou, à tout le moins, change quelque chose au classement des candidas. Entre Cellou et Alpha, les électeurs doivent maintenant faire leur choix sur des critères objectifs et impartiaux.
Qui des deux hommes a le meilleur programme, la plus grande connaissance des dossiers, la meilleure expérience pratique, le profil le plus rassurant pour l’avenir du pays? Bref qui est plus responsable ?
Voilà les questions que chaque Guinéen patriote doit se poser en âme et conscience avant de faire son choix.
Au demeurant, les citoyens doivent rester vigilants et être critiques envers ce qu’on dit dans les radios ou qu’on montre à la télévision nationale. Attention, elle court, elle court, elle court, l’intox ! A qui profite-t-elle ? Suivez mon regard.
Ousmane Sidibé